SuisseLe 2 octobre, Le Figaro a écrit :

Selon nos informations, l'Agence des participations de l'État (APE) a retenu HSBC pour piloter la cession de l'aéroport de Lyon [...]

Il y a de quoi se demander si c'est une blague. Le scandale Swiss Leaks a été révélé il y a tout juste 8 mois (révélation par de nombreux médias internationaux d'un système international de fraude fiscale et de blanchiment d'argent qui aurait été mis en place par la banque britannique HSBC à partir de la Suisse). Plusieurs fois déjà, les dirigeants de la banque ont formulé leurs excuses pour les pratiques « inacceptables » de leur filiale suisse. Selon les journalistes, la liste des clients de la banque comprend des chefs d’État, des personnalités du monde des affaires, de la politique, ainsi que des financiers du terrorisme, des trafiquants de drogue et des trafiquants d'armes. Aujourd'hui, on est loin d'avoir tiré toutes les conclusions de cette affaire et certains affirment que des noms d'hommes politiques français ont été retirés des listes révélées. Que veut dire cette information selon laquelle HSBC aurait été retenu pour contrôler l'une des plus grosses privatisations depuis des années ? On peine à croire que ce soit Le Figaro qui a confondu le 2 octobre et le 1er avril.

Si HSBC pilote la privatisation des aéroports de Lyon, peut-on croire que l'opération se fasse dans la transparence ?

Non, évidemment. Tout serait très opaque. Le scandale SwissLeaks a révélé que de 1988 à 2007, plus de 13.000 comptes HSBC ont été ouverts pour des clients français et que seulement 0,2 % de ces comptes ont été déclarés à l'administration fiscale par leurs détenteurs (source : Wikipédia). Si l’État français ne peut pas vérifier ce qui se passe sur les comptes de ces clients français, comment pourrait-il s'assurer de la provenance de capitaux sur les comptes HSBC des clients étrangers candidats à l'achat des aéroports de Lyon ?
Et surtout, comment l’État français pourrait-il faire confiance à une banque mise en examen à Paris pour complicité de blanchiment de fraude fiscale et complicité de démarchage illicite ?
Plus qu'une simple maladresse, le choix d'une telle banque pour piloter l'une des plus grosses privatisations réalisées en France depuis des années aurait plutôt l'air d'une faute commise consciemment et pour des motifs extrêmement douteux.

Quelle incidence sur le choix du candidat qui sera retenu ?

Suite aux révélations de SwissLeaks, on connait maintenant l'importance de la filiale suisse de HSBC et de ses activités au sein du groupe bancaire britannique. Mais il n'y a pas que ça qui invite à conclure qu'il s'agirait d'un choix orienté visant à favoriser la candidature de Genève (qui est aussi le siège de HSBC Suisse) : de nombreux acteurs locaux se sont déjà exprimés favorablement concernant la candidature de Genève Aéroport ( propriété de l’État de Genève ).

Que disent nos responsables politiques locaux de la candidature de Genève ?

À ce sujet, Michel Delpuech, Préfet de de la Région Rhône-Alpes a déclaré le 3 septembre dans La Tribune :

Ce n'est pas nécessairement une mauvaise idée. Je pense qu'il y a matière à rechercher des complémentarités avec Genève qui a de fortes contraintes d'environnement et d'infrastructures, contrairement à Lyon.

C'est vrai que contrairement à Lyon, la santé des riverains de Genève est protégée par une contrainte d'environnement très claire : l'interdiction des vols de nuit en Suisse. À Lyon au contraire, rien n'a jamais été accordé aux associations de riverains qui demandent à l'unanimité des mesures pour empêcher la prolifération des nuisances aériennes nocturnes. De nombreux rapports officiels, ont pourtant démontré qu'il s'agit des nuisances sonores les plus nocives pour la santé.
On peut comprendre que l'interdiction appliquée en Suisse motive Genève à exploiter ailleurs un créneau interdit chez lui. Mais ce n'est pas une raison pour l'encourager à le faire. Au contraire, un des rôles du Préfet de Région est de palier à l'absence de contraintes environnementales afin de garantir aux riverains que la privatisation d'une entreprise comme Aéroports de Lyon ne nuira pas à leur santé. Cela est particulièrement vrai pour la question des nuisances noctures.

Sur LyonMag, le 8 octobre, Christophe Geourjon, président du groupe UDI à la métropole de Lyon « trouve intéressant un rapprochement avec l'aéroport de Genève ».

Dans La Tribune du 24 septembre, Laurent Wauquiez, candidat « Les Républicains » en Région Auvergne Rhône-Alpes répond à la question « L'opportunité d'intégrer Genève Aéroport doit-elle être favorisée ? ».  Il déclare : « La Suisse n'est pas en Europe, et pourtant elle constitue le territoire avec lequel nous avons le plus de liens naturels - singularité des frontaliers, investissements communs, logique aéroportuaire, [...] ». En France, les régions voisines apprécieront ...

Dans 20 minutes, le 13 septembre, Emmanuel Imberton, Président de la Chambre de Commerce (CCI) de Lyon, disait à propos de Genève :  « Cette option est privilégiée par les acteurs locaux, [...] ». Or comme le rappelle Tribune De Lyon le 28 septembre, la CCI de Lyon, actionnaire à 25% d'Aéroports de Lyon, entend être « le gardien du temple » de la privatisation.
En juin, dans Le Progrès, M. Imberton avait déjà déclaré à propos de la candidature de Genève, qu'il s'agit d'« une opportunité majeure ».
Quant à Gérard Colomb, Maire de Lyon et Président de la Métropole de Lyon, concernant l’intérêt de Genève pour Lyon, il y déclarait : « S’ils veulent entrer dans le capital pourquoi pas ».

Aucun responsable politique, aucun co-actionnaire n'évoque les problèmes posés par la candidature de Genève.

Ce que politiques et journalistes ne disent PAS sur la candidature de Genève

Le plus scandaleux, c'est qu'aucun de nos Élus ne parle du risque d'ingérence de l’État suisse dans la politique de la Métropole de Lyon et de la Région. Cela concerne pourtant de nombreux points : économie, tourisme, transport, écologie, santé, ...
D'ailleurs, le risque d'ingérence concerne aussi d'autres candidats : les fonds souverains d'Abu Dhabi (Émirats arabes unis), de Singapour et du Koweït.
Personne ne pointe le problème que posent ces candidatures incompatibles avec le concept de privatisation qui consiste à transférer le capital et la gestion d'une entreprise, de l’État à un actionnaire privé. L'aéroport de Genève n'est PAS une entreprise privée. C'est un établissement public autonome suisse, propriété de l’État de Genève.

Autre point : aucun politique ni journaliste ne mentionne le risque que Genève utilise les aéroports de Lyon pour y dérouter et pour y développer les vols les plus contestés en Suisse. Pour les riverains des aéroports de Lyon, cela est particulièrement préoccupant pour les vols de nuit qui sont interdits en Suisse, mais pas à Lyon. Pourtant, à Lyon aussi les vols de nuit sont un problème pour les riverains. Cela fait des années qu'ils demandent un couvre-feu à Saint-Exupéry et à Lyon-Bron. Il serait parfaitement scandaleux qu'un établissement public étranger puisse développer l'activité de ces aéroports tout en amplifiant ce problème de santé publique en France.

Sur le plan économique, personne ne parle de l'impact négatif que Genève pourrait avoir sur le développement d'Aéroports de Lyon s'il en devenait l'actionnaire principal. Pourtant le risque existe. Seul Reuters (en anglais) rapporte que les chefs d'entreprises locaux ont « exprimé leur inquiétude qu'un accord amène l'aéroport suisse à garder les routes commerciales de haute qualité tandis qu'il laisserait à son rival français la majeure partie du trafic à faible marge ».
Quant aux médias français, la plupart se contente de parler la bouche en cœur de « convergence » et de « complémentarité ».
C'est comme si la Presse et le Élus avaient décidé de s'accorder sur le ton donné par la CCI de Lyon.

Choisir HSBC quitte à donner l'impression que la France a déjà choisi de céder Aéroports de Lyon à Genève ?

Le scandale SwissLeaks a déjà révélé toute l'importance de la filiale HSBC suisse, établie à Genève, au sein du groupe bancaire HSBC. Si l’État choisissait effectivement cette banque pour contrôler la privatisation d'ADL, cela renforcerait l'impression que l'appel d'offres international ne serait qu'une mise scène, un simulacre de transparence et que le choix de céder les aéroports de Lyon à Genève est dores et déjà arrêté.

Aujourd'hui, HSBC a déjà son scandale politico-financier « Swiss Leaks ».
Peut-on garantir que demain, Aéroports de Lyon n'aura pas son scandale environnemental et sanitaire ?

Nous attendons toujours des réponses précisant les conditions environnementales qui seront inclues dans le cahier des charges de cette privatisation.
Pour l'instant, seul Christophe Guilloteau (Président du Conseil Départemental du Rhône) a répondu au courrier que nous lui avions adressé en août, en même temps qu'aux autres Élus des collectivités co-actionnaires d'ADL (les Présidents de la Métropole de Lyon et de la Région). M. Guilloteau nous a assuré qu'il veillera à ce que le cahier des charges intègre bien des conditions environnementales et sanitaires adaptées. Bien qu'il n'aie pas précisé la nature de ces conditions, nous le remercions sincèrement de nous avoir répondu.

Nous n'avons pas reçu de réponse du Ministre de l’Économie, suite aux demandes que nous lui avons formulées par courrier il y a un mois et que nous avons présentées publiquement dans notre communiqué du 15 septembrePrivatisation d'Aéroports de Lyon : MARIBA demande au Ministre de protéger les riverains » ).
Quant au ministère des Transports à qui nous avions adressé une copie de notre courrier au Ministre de l’Économie, il nous a répondu qu'il allait transmettre nos observations à la DGAC et il nous a assuré que notre démarche « fera l'objet de tout l'intérêt qu'elle mérite ».

Malheureusement, c'est tout ce que nous pouvons dire aujourd'hui à ceux qui s'inquiètent de la possible augmentation des nuisances aériennes des aéroports de Lyon-Saint-Exupéry et Lyon-Bron, suite à leur prochaine privatisation.
Aucune réponse ni déclaration ne nous permet d'affirmer que des conditions d'exploitation sérieuses vont être définies afin de mieux garantir les enjeux environnementaux et sanitaires des territoires concerné, notamment en matière de nuisances aériennes nocturnes.
Aucun responsable n'a affirmé comme nous le faisons que la forte densité de la Métropole de Lyon justifie des mesures exceptionnelles pour limiter les vols de nuit. Pour que ce problème ne reste pas sans solution, une fois encore, nous encourageons nos Élus et tous les responsables de cette privatisation à intégrer dans le cahier des charges une condition d'exploitation inspirée des couvres-feu appliqués en Suisse et dans tous les grands aéroports d'Europe.

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